Échangeons sur vos besoins

Limites planétaires et plancher social

Comment repenser l'économie pour parvenir à répondre aux besoins humains de base et à la préservation de l'environnement ? Comment remplacer le, semble-t-il, seul et unique indicateur de croissance et de bonne santé des sociétés humaines qu'est le PIB, et ainsi sortir du dogme d'une croissance infinie dans un monde fini ?

9Limites planétaires
12Fondations sociales
5Limites dépassées
13/09/2023Dernière actualisation des valeurs
La théorie du donut
La théorie du donut : plancher social et plafond écologique
Le donut systémique
Le donut systémique

La théorie du donut

En novembre 2018, Kate Raworth, économiste qui se consacre aux défis sociaux et environnementaux du 21e siècle, publie La Théorie du Donut, l'économie de demain en 7 principes, après onze années de travail dans les équipes d'Oxfam Grande-Bretagne. Cette théorie économique propose une réorientation de l'économie vers un modèle plus juste socialement, et qui permet de prendre en compte les enjeux environnementaux.

Les 9 limites planétaires sont un concept proposé par une équipe internationale de chercheurs regroupés au sein du Stockholm Resilience Centre. Initialement publiées en 2009, les valeurs associées à chacune des limites sont régulièrement réactualisées. L'équipe travaille sur cette notion en modélisant les neuf principaux processus de régulation de l'Holocène qui ont permis une extrême diversification du Vivant et la prospérité de l'espèce humaine. Pour chacun de ces processus, elle sélectionne une ou plusieurs variables de contrôle comme facteurs explicatifs majoritaires — par exemple le CO2 pour le changement climatique — et observe les réponses suivant l'évolution de cette variable.

Les 12 fondations sociales — que nous appellerons par la suite les besoins sociaux de base — découlent des priorités reconnues par l'ONU concernant les enjeux sociaux au sein des Objectifs de Développement Durable. Ces objectifs, définis en 2015 et adoptés par l'ensemble des pays membres, fournissent une stratégie et des cibles partagées par les pays, les citoyens et les entreprises.

Prenant en compte ces limites planétaires, qui constituent un plafond, et ces besoins sociaux de base, qui constituent un plancher, Kate Raworth propose donc une sorte de donut : une zone viable définie par un équilibre social et environnemental.

DÉPASSEMENT ÉCOLOGIQUE 5 des 9 limites planétaires sont aujourd'hui dépassées PLAFOND ÉCOLOGIQUE ESPACE JUSTE ET SÛR POUR L'HUMANITÉ Répondre aux besoins de tous dans les limites de la planète PLANCHER SOCIAL PÉNURIE SOCIALE Les 12 indicateurs sociaux sont aujourd'hui tous insuffisants
Schéma — le plafond écologique, l'espace viable et le plancher social

Au-delà du modèle proposé pour une économie d'avenir, il est intéressant de faire le constat, à date, des résultats du dogme actuel basé sur la croissance infinie : dépassement de 5 des 9 limites planétaires, auxquelles il faut ajouter 2 limites sous surveillance et 1 non encore évaluée, et insuffisance flagrante de la totalité des 12 indicateurs sociaux.

Le plafond écologique

Vivre dans un environnement fini, aux limites établies.

Changement climatiqueConcentration de CO2 — 417 ppm pour une frontière à 350-450 ppmFrontière atteinte
Forçage radiatif+2,91 W/m² pour une frontière à +1,0 / +1,5 W/m²Limite dépassée
Acidification des océans2,8 Ωarag, soit environ 81 % de la valeur préindustrielle, en baisseRespectée
Entités nouvellesProduits chimiques de synthèse rejetés sans tests de sécurité adéquatsLimite dépassée
Cycles de l'azote et du phosphore190 Mt d'azote réactif par an pour une frontière à 62-82 MtLimite dépassée
Utilisation de l'eau douceEau bleue à 18,2 % et eau verte à 15,8 % de la surface terrestre perturbéeFrontière atteinte
Changement d'usage des sols60 % de la superficie forestière originelle subsiste, pour une frontière à 75-54 %Frontière atteinte
Intégrité de la biosphèrePlus de 100 extinctions par million d'espèces et par an ; 30 % de la production primaire nette accaparéeLimite dépassée
Charge en aérosols atmosphériquesDifférence interhémisphérique d'épaisseur optique de 0,076 pour une frontière à 0,1-0,25Respectée
Ozone stratosphérique284,6 unités Dobson, en hausse — la seule limite en améliorationRespectée

Le plafond écologique et ses indicateurs de dépassement

Processus du système TerreVariable de contrôleValeur préindustrielleFrontière planétaireValeur au 13/09/2023Statut
Changement climatiqueConcentration en CO2 dans l'atmosphère (ppm)280 ppm350 à 450 ppm417 ppm, en hausseFrontière atteinte
Changement climatiqueForçage radiatif par rapport à l'ère préindustrielle (W/m²)0 W/m²+1,0 à +1,5 W/m²+2,91 W/m²Limite dépassée
Acidification des océansSaturation de l'eau de mer de surface en aragoniteΩarag 3,442,75 Ωarag2,8 Ωarag (≈ 81 %), en baisseRespectée
Entités nouvellesPart des produits chimiques de synthèse rejetés sans tests de sécurité adéquats00 (seuil haut non défini)DépasséLimite dépassée
Cycles azote et phosphorePhosphate émis vers les océans (Mt/an, échelle mondiale)0 Mt/an11 à 100 Mt/an22,6 Mt/anFrontière atteinte
Cycles azote et phosphorePhosphate épandu sur les sols agricoles (Mt/an, échelle régionale)0 Mt/an6,2 à 11,2 Mt/an17,5 Mt/anLimite dépassée
Cycles azote et phosphoreAzote réactif rejeté par les activités humaines (Mt/an)0 Mt/an62 à 82 Mt/an190 Mt/anLimite dépassée
Utilisation de l'eau douceEau bleue : perturbation des écoulements (% de la surface terrestre)9,4 %10,2 % à 50 %18,2 %Frontière atteinte
Utilisation de l'eau douceEau verte : humidité du sol s'écartant de la variabilité naturelle (%)9,8 %11,1 % à 50 %15,8 %Frontière atteinte
Changement d'usage des solsSuperficie forestière actuelle rapportée à la superficie originelle (avant 1700)100 %75 % à 54 % au global60 % au globalFrontière atteinte
Intégrité de la biosphèreDiversité spécifique : taux d'extinction (E/MEA)1 E/MEA10 à 100 E/MEA> 100, en hausseLimite dépassée
Intégrité de la biosphèreDiversité fonctionnelle : part de la production primaire nette accaparée (HANPP)1,9 %10 à 20 %30 % (16,8 Gt C/an)Limite dépassée
AérosolsDifférence interhémisphérique d'épaisseur optique (AOD)0,030,1 à 0,250,076Respectée
Ozone stratosphériqueConcentration d'ozone (unités Dobson)290 DU276 à 261 DU284,6 DU, en hausseRespectée

Les neuf processus, un par un

Le changement climatique

Quand les gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone, le méthane et l'oxyde d'azote sont rejetés dans l'air, ils pénètrent dans l'atmosphère et amplifient l'effet de serre naturel de la Terre, emprisonnant davantage de chaleur. Il en résulte le réchauffement de la planète, dont les effets incluent la hausse des températures, des extrêmes climatiques plus fréquents et la montée du niveau des océans.

L'acidification des océans

Environ un quart du dioxyde de carbone émis par l'activité humaine finit par se dissoudre dans les océans, où il forme de l'acide carbonique et diminue le pH de l'eau de surface. Cette acidité réduit la disponibilité des ions carbonate, essentiels à la formation de la coquille et du squelette de beaucoup d'espèces marines. Quand cet ingrédient fait défaut, des organismes comme les coraux, les coquillages et le plancton ont du mal à se nourrir et à survivre, ce qui met en danger l'écosystème des océans et sa chaîne alimentaire.

La pollution chimique

Quand des composés toxiques, comme les polluants organiques synthétiques et les métaux lourds, sont rejetés dans la biosphère, ils peuvent y persister très longtemps, avec des effets parfois irréversibles. Et lorsqu'ils s'accumulent dans les tissus de créatures vivantes, comme les oiseaux et les mammifères, ils réduisent la fertilité et causent des altérations génétiques, mettant en danger les écosystèmes sur terre et dans la mer.

La charge d'azote et de phosphore

L'azote réactif et le phosphore sont largement utilisés dans les engrais agricoles, mais seule une petite proportion profite réellement aux récoltes. L'essentiel de l'excédent s'écoule dans les rivières, les lacs et les océans, où il cause la prolifération d'algues qui rendent l'eau verte. Ces algues peuvent être toxiques et tuer les autres formes de vie aquatique en les privant d'oxygène.

Les prélèvements d'eau douce

L'eau est essentielle à la vie et elle est largement utilisée par l'agriculture, l'industrie et les ménages. Un usage excessif peut néanmoins endommager ou même assécher les lacs, les fleuves et les nappes phréatiques, nuisant aux écosystèmes et transformant le cycle hydrologique et le climat.

La conversion des terres

Convertir le sol en vue d'une utilisation humaine — transformer forêts et marécages en villes, en terres agricoles et en autoroutes — rend la Terre moins capable d'absorber le carbone, détruit un riche habitat naturel et sape le rôle de la terre dans le cycle constant de l'eau, de l'azote et du phosphore.

La perte de biodiversité

Un déclin dans le nombre et la variété des espèces vivantes nuit à l'intégrité des écosystèmes et accélère l'extinction de certaines espèces. Du même coup, cela augmente le risque de transformation abrupte et irréversible des écosystèmes, réduisant leur résilience et sapant leur capacité à fournir de la nourriture, du combustible et des fibres, et à soutenir la vie.

La pollution de l'air

Les microparticules, ou aérosols, émis dans l'air — comme la fumée, la poussière et les gaz polluants — peuvent endommager les organismes vivants. De plus, elles interagissent avec la vapeur d'eau présente dans l'air et affectent donc la formation des nuages. Émis en grande quantité, ces aérosols peuvent modifier considérablement la pluviométrie d'une région, notamment en changeant la date et la localisation de la mousson dans les zones tropicales.

L'épuisement de la couche d'ozone

La couche stratosphérique d'ozone filtre les rayons ultraviolets du soleil. Certaines substances chimiques fabriquées par l'homme, comme les chlorofluorocarbones, peuvent entrer dans l'atmosphère et détruire la couche d'ozone, ce qui expose la Terre et ses habitants aux dangereux rayons ultraviolets du soleil.

Le plancher social

Assurer à chaque être humain une vie digne et saine. Les douze dimensions ci-dessous mesurent la part de la population mondiale qui reste sous le seuil, sauf mention contraire.

DimensionIndicateur illustratif%Année
NourriturePopulation sous-nourrie112014-2016
SantéPopulation vivant dans des pays où la mortalité des moins de 5 ans dépasse 25 ‰462015
SantéPopulation vivant dans des pays où l'espérance de vie est inférieure à 70 ans392013
ÉducationPopulation adulte (15 ans et plus) illettrée152013
ÉducationEnfants de 12 à 15 ans non scolarisés172013
Revenu et travailPopulation sous le seuil international de pauvreté (3,10 $/jour)292012
Revenu et travailJeunes de 15 à 25 ans cherchant un emploi sans en trouver132014
Eau et assainissementPopulation sans accès à une eau améliorée92015
Eau et assainissementPopulation sans accès à un assainissement amélioré322015
ÉnergiePopulation sans accès suffisant à l'électricité172013
ÉnergiePopulation sans accès suffisant à des installations de cuisson propres382013
RéseauxPopulation déclarant n'avoir personne à qui demander de l'aide242015
RéseauxPopulation sans accès à Internet572015
LogementPopulation urbaine habitant un bidonville dans un pays en développement242012
Égalité des sexesÉcart de représentation entre hommes et femmes au Parlement562014
Égalité des sexesÉcart mondial des salaires entre hommes et femmes232009
Équité socialePopulation vivant dans un pays ayant un indice de Palma de 2 ou plus391995-2012
Représentation politiquePopulation vivant dans un pays obtenant 0,5 ou moins sur 1,0 à l'indicateur voix et responsabilité522013
Paix et justicePopulation vivant dans un pays obtenant 50 ou moins sur 100 à l'indice de perception de la corruption852014
Paix et justicePopulation vivant dans un pays ayant un taux d'homicide de 10 pour 100 000 ou plus132008-2013

Aspect systémique

Les différents processus de régulation interagissent entre eux : la perturbation de l'un affecte la régulation et la résilience des autres. Par exemple, la déforestation impacte directement le changement d'utilisation des sols, qui contribue à son tour à la perte de biodiversité.

Ce qu'il faut retenir. Le climat n'est qu'une des neuf limites, et ce n'est ni la seule ni forcément la plus dégradée. Une stratégie qui ne traiterait que le carbone peut aggraver les autres — par exemple en déplaçant la pression vers l'eau, les sols ou les matières premières.

Ce que cela change en entreprise

Traduit dans le langage d'une organisation, ce cadre produit trois questions concrètes :

  1. De quelles ressources dépendez-vous vraiment ? Pas seulement en achats directs, mais en eau, en sols, en matières et en énergie mobilisés tout au long de votre chaîne de valeur.
  2. Lesquelles se raréfient le plus vite ? Les tensions physiques précèdent souvent les tensions de prix, qui précèdent elles-mêmes les tensions réglementaires.
  3. Que se passe-t-il si l'une devient indisponible ? C'est exactement la question que traite un audit de résilience, processus par processus.

Une entreprise n'a pas prise sur une limite planétaire. Elle a prise sur sa propre dépendance à ce que cette limite met sous tension — et c'est là que le travail commence.

Trois autres pages prolongent celle-ci : matières premières, réchauffement climatique et système alimentaire.

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