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RAG : faire répondre un modèle à partir de vos documents

Un modèle de langage ne connaît ni vos procédures, ni vos contrats, ni la note de service d'hier. La génération augmentée par recherche (Retrieval-Augmented Generation) contourne cette limite sans réentraîner : on retrouve d'abord les passages pertinents dans vos documents, puis on demande au modèle de répondre à partir de ces passages, en les citant. Cette page détaille chaque étape, les types de recherche possibles avec leurs avantages et leurs limites, et ce que la taille du corpus change.

2 modèlesUn modèle d'embedding pour chercher, un modèle de langage pour rédiger
200–800Tokens par passage indexé, ordre de grandeur courant
4 GoIndex vectoriel d'un million de passages en 1 024 dimensions
Recall@kLa mesure qui décide si un RAG peut répondre
Prérequis. Les notions de token, d'embedding et de contexte sont expliquées dans Comment fonctionne un grand modèle de langage. Les modèles cités sont ceux de notre arbre décisionnel, branche « Interroger ma base documentaire », état au 27 août 2026.

1 · Pourquoi le RAG

Trois limites d'un modèle de langage motivent le RAG. Ses connaissances s'arrêtent à la date de son entraînement et n'incluent rien de ce qui est propre à votre organisation. Il n'a pas de mémoire : ce qui n'est pas dans le contexte n'existe pas pour lui. Et lorsqu'il ne sait pas, il produit la suite la plus plausible plutôt que d'avouer une lacune — c'est l'hallucination. Le RAG répond aux trois d'un coup : il place dans le contexte, à chaque question, les extraits de vos documents qui la concernent, et il demande au modèle de s'y tenir et de les citer.

Par rapport au fine-tuning (voir Entraîner un modèle sur son domaine), le RAG a trois avantages décisifs pour des connaissances : elles sont à jour dès que le document change, citables (la réponse renvoie au passage source, que l'utilisateur peut vérifier), et gouvernables (on retire un document, il disparaît des réponses ; on restreint l'accès par service, le modèle ne voit que ce que l'utilisateur a le droit de voir). Sa limite est symétrique : il ne change pas la manière dont le modèle écrit ou raisonne. Un RAG n'apprend rien ; il fournit.

2 · La chaîne complète

Un RAG comporte deux chaînes distinctes. La chaîne d'indexation tourne à l'avance et à chaque mise à jour : elle transforme les documents en passages, calcule leur représentation et les range dans un index. La chaîne de requête tourne à chaque question : elle retrouve les passages pertinents, les classe, les assemble dans un contexte et fait rédiger la réponse.

Les deux chaînes d'un RAGSchéma
INDEXATION — à l'avance, puis à chaque mise à jour DocumentsPDF, Word, mails Extractiontexte, OCR Découpagepassages Embeddingvecteurs Indexvecteurs + mots-clés REQUÊTE — à chaque question Question Embeddingmême modèle Recherchetop-k passages Reclassementles k meilleurs Modèle delangage Réponse + citations« selon la procédure P-12, §3… » la question est jointe aux passages dans le contexte

3 · Découper les documents en passages

On n'indexe pas des documents entiers mais des passages (chunks), pour deux raisons : un vecteur d'embedding résume mal un texte long et hétérogène, et le contexte du modèle a une taille finie — il faut pouvoir y placer plusieurs passages de plusieurs documents. La taille courante va de 200 à 800 tokens, avec un chevauchement de 10 à 20 % entre passages consécutifs pour qu'une phrase coupée se retrouve entière dans l'un des deux.

La manière de couper compte autant que la taille. Couper à longueur fixe est simple mais sépare une question de sa réponse, un titre de son paragraphe, une ligne de tableau de son en-tête. Couper selon la structure — sections, paragraphes, cellules de tableau, avec le fil des titres reporté dans chaque passage — donne des passages qui ont un sens seuls, et c'est ce qui fait la différence sur des documents techniques. Chaque passage conserve ses métadonnées : document source, page, section, date, service propriétaire, niveau de confidentialité. Elles servent au filtrage et aux citations.

Découpage : à longueur fixe ou selon la structureSchéma
Longueur fixe (500 tokens)Selon la structure 1. Objet2. Consignes de sécurité – port du casque obligatoire – consignation avant intervention3. Procédure étape 1 · étape 2 · étape 34. Tableau des couples de serrage M8 : 25 N·m · M10 : 50 N·m M12 : 85 N·m5. Contrôles coupecoupe [Objet]1. Objet … [Consignes de sécurité]– casque · – consignationsource : P-12 §2, p. 1 [Procédure]étape 1 · étape 2 · étape 3 [Couples de serrage] — tableau entierM8 25 · M10 50 · M12 85 N·msource : P-12 §4, p. 2

À gauche, la ligne « M12 : 85 N·m » se retrouve dans un passage sans son en-tête : retrouvée seule, elle est inintelligible. À droite, chaque passage porte le titre de sa section et sa provenance.

4 · Les embeddings : représenter le sens par des nombres

Un modèle d'embedding convertit un texte — passage ou question — en un vecteur de quelques centaines à quelques milliers de nombres (1 024 pour bge-m3, 4 096 pour qwen3-embedding:8b) tel que deux textes de sens proche donnent des vecteurs proches. Il ne génère rien ; il n'a qu'une fonction de mesure. Ces modèles sont petits (0,6 à 8 milliards de paramètres), rapides, et fonctionnent sur une station de travail sans carte graphique dédiée pour les plus légers.

La proximité se mesure par la similarité cosinus : le cosinus de l'angle entre deux vecteurs, 1 s'ils pointent dans la même direction, 0 s'ils sont orthogonaux. Chercher, c'est calculer le vecteur de la question et retrouver les passages dont le vecteur forme avec lui le plus petit angle. Deux règles pratiques en découlent. Un seul modèle d'embedding par index : les vecteurs de deux modèles ne sont pas comparables, et en changer oblige à tout réindexer. Et le modèle doit couvrir vos langues : un modèle entraîné sur l'anglais rapproche mal deux phrases françaises ; les modèles multilingues sont évalués sur le banc MMTEB (bge-m3 : 59,6 ; qwen3-embedding:8b : 70,6).

La question et les passages dans l'espace des embeddingsProjection illustrative
consignes de sécurité port du casque couples de serrage M8-M12 clé dynamométrique tableau des couples, révision B demande de congés question : « couple M12 ? » les trois voisins les plus proches (top-3) sont retenus

5 · Les types de recherche

La recherche vectorielle n'est qu'une des façons de retrouver un passage, et rarement suffisante seule. Cinq approches se combinent en pratique.

01

Recherche lexicale (BM25)

L'héritière des moteurs de recherche classiques : un passage est d'autant mieux classé qu'il contient les mots de la question, rares dans le corpus et fréquents dans le passage. Exacte sur les termes — références, codes, noms propres, numéros de pièce —, insensible au sens : « panne » ne retrouve pas « défaillance ».

02

Recherche vectorielle (dense)

La question et les passages sont comparés par leurs embeddings. Elle retrouve le sens malgré les mots : « la machine s'arrête toute seule » trouve « déclenchement intempestif ». En contrepartie, elle est floue sur les identifiants exacts et peut préférer un passage « qui parle du même sujet » à celui qui contient la réponse.

03

Recherche hybride

Les deux précédentes, exécutées en parallèle, avec fusion des classements (par exemple reciprocal rank fusion : chaque passage reçoit la somme des inverses de ses rangs dans chaque liste). C'est le réglage par défaut raisonnable sur des documents techniques, où codes et sens comptent tous deux.

04

Reclassement (reranking)

Un second modèle, dit cross-encoder, relit ensemble la question et chacun des 20 à 50 premiers passages, et les reclasse finement. Beaucoup plus précis que la comparaison de vecteurs, mais trop lent pour tout le corpus : il s'applique après une première sélection. Le gain sur la précision du top-5 est souvent le plus important de toute la chaîne.

05

Filtres et graphes

Les métadonnées restreignent la recherche avant même de comparer : ce service, cette période, ce niveau d'accès, cette version du document. Le GraphRAG ajoute un graphe d'entités et de relations extrait du corpus, utile pour les questions qui traversent de nombreux documents (« quels équipements dépendent du fournisseur X ? »), au prix d'une indexation lourde.

Recherche hybride : deux classements, une fusion, un reclassementSchéma
Question LexicaleBM25 · top-50 Vectoriellecosinus · top-50 FusionRRF · top-20 Reclasseurcross-encoder · top-5 exact sur les codesrobuste aux synonymesprécis, lent :après sélection

6 · Avantages et inconvénients, côte à côte

ApprocheForcesFaiblessesCoût d'indexationLatence par requêteQuand la choisir
Lexicale (BM25)Exacte sur les termes ; explicable ; aucune dépendance à un modèle ; passe à l'échelle de millions de documentsIgnore synonymes et paraphrases ; sensible à la langue et à l'orthographeTrès faibleMillisecondesCodes, références, noms, corpus très volumineux ; toujours en complément
VectorielleRetrouve le sens ; multilingue avec le bon modèle ; tolère les formulations libresFloue sur les identifiants ; dépend du modèle d'embedding (réindexation si on en change) ; index en mémoireUn passage par le modèle d'embedding pour chaque chunkMillisecondes à dizaines de ms (index approché)Questions en langage naturel, corpus hétérogène
HybrideCumule les deux ; le meilleur rappel en généralDeux index à maintenir ; réglage de la fusionSomme des deuxDizaines de msRéglage par défaut sur des documents techniques
+ ReclassementGain de précision important sur le top-5 ; corrige les erreurs des deux recherchesUn modèle de plus ; latence proportionnelle au nombre de candidatsAucun+ 100 à 500 ms pour 20 à 50 candidatsDès que la précision compte plus que la latence
Filtres par métadonnéesRéduit le champ, applique les droits d'accès, cible une version ou une périodeSuppose des métadonnées fiablesExtraction des métadonnéesNégligeable, souvent plus rapideToujours, dès qu'il y a des droits ou des versions
GraphRAGQuestions transversales, agrégations, relations entre entitésIndexation lourde (un LLM lit tout le corpus), maintenance, coûtÉlevé : heures à joursÉlevéeCorpus stable, questions de synthèse multi-documents
Contexte long, sans indexAucune infrastructure ; tout le document est vuPlafonné par la taille du contexte ; qualité qui baisse au milieu du contexte ; coût par requête élevéAucunSecondes à dizaines de secondesQuelques documents, questions ponctuelles

7 · Ce que la taille du corpus change

La bonne architecture dépend d'abord du nombre de passages. Trois ordres de grandeur, trois régimes.

< 10⁴

Quelques milliers de passages — quelques centaines de documents

Tout tient en mémoire, une recherche exacte (comparer la question à tous les vecteurs) prend quelques millisecondes. Une base SQLite ou un simple fichier suffit ; l'effort va au découpage et à l'évaluation, pas à l'infrastructure.

10⁴–10⁶

Dizaines de milliers à un million de passages

La recherche exacte devient lente ; on passe à un index approché (HNSW, IVF) qui retrouve les voisins en explorant un graphe plutôt qu'en comparant tout, au prix d'un rappel légèrement inférieur à 100 %. Un moteur dédié (pgvector, Qdrant, Weaviate, Elasticsearch/OpenSearch pour l'hybride) devient nécessaire, avec des métadonnées et des droits.

> 10⁶

Plusieurs millions de passages

La mémoire de l'index domine : on quantifie les vecteurs (8 bits, voire binaire), on partitionne par collection, on s'appuie d'abord sur les filtres et la recherche lexicale pour réduire le champ. À cette échelle, la qualité dépend plus de la gouvernance du corpus — doublons, versions, documents obsolètes — que de l'algorithme.

Mémoire de l'index vectoriel selon la taille du corpusd = 1 024 · échelle log
■ 32 bits (4 octets par dimension)■ 8 bits (quantifié)10⁴40 Mo10 Mo10⁵400 Mo100 Mo10⁶4 Go1 Go10⁷40 Go10 Go1 Mo10 Mo100 Mo1 Go10 Go100 Go

Calcul : passages × dimensions × octets par dimension. Un million de passages de 500 tokens représentent environ 5 000 documents de 100 pages — un corpus d'entreprise moyen tient dans quelques gigaoctets de mémoire vive. L'index HNSW ajoute 10 à 30 % pour son graphe ; le texte des passages est stocké à part.

La seconde limite est le budget de contexte : ce qu'on peut placer devant le modèle. Avec des passages de 500 tokens et un contexte utile de 16 000 tokens, on en place au plus une vingtaine, en pratique cinq à dix pour laisser la place à la question, aux instructions et à la réponse. Le RAG ne fait donc pas « lire tout le corpus » au modèle : il lui montre les cinq à dix meilleurs extraits. Si la réponse exige de croiser cinquante documents, il faut soit une étape de synthèse intermédiaire (résumer par document, puis répondre), soit un GraphRAG, soit accepter que la question dépasse ce qu'un RAG simple sait faire.

8 · La génération et les citations

Les passages retenus sont assemblés dans le contexte, chacun précédé de son identifiant (« [3] Procédure P-12, §4, p. 2, révision B du 12/03/2026 »), suivis de la question et d'instructions strictes : répondre uniquement à partir des passages fournis, citer l'identifiant de chaque passage utilisé, et dire explicitement « les documents fournis ne permettent pas de répondre » lorsque c'est le cas. Cette dernière consigne est celle qui distingue un RAG utile d'un RAG dangereux : un modèle privé de la permission de ne pas savoir invente.

Le modèle de rédaction n'a pas besoin d'être un géant. Le travail d'un RAG est de lire attentivement et de restituer fidèlement, pas de mobiliser une culture générale : un modèle ouvert de 4 à 27 milliards de paramètres, avec un contexte suffisant, convient à la plupart des usages et tourne sur site. Deux réglages comptent : une température basse (0 à 0,3), et un contexte assez long pour les passages retenus.

9 · Évaluer un RAG

Un RAG se mesure en deux temps, parce qu'il peut échouer de deux façons : ne pas retrouver le bon passage, ou le retrouver et mal répondre. On constitue un jeu de questions de référence — 50 à 200 questions réelles, avec pour chacune le ou les passages qui contiennent la réponse et une réponse attendue, écrites par des personnes du métier. C'est le premier livrable d'un projet RAG, avant toute ligne de code.

ÉtageMesureQuestion poséeOrdre de grandeur visé
RechercheRecall@kDans quelle part des questions le bon passage figure-t-il parmi les k retenus ?> 90 % à k = 5 sur un corpus bien découpé
RechercheMRR (rang réciproque moyen)À quel rang le bon passage apparaît-il ?Le plus près possible de 1
GénérationFidélitéLa réponse est-elle entièrement soutenue par les passages cités ?> 95 % ; toute réponse non soutenue est une hallucination
GénérationPertinenceLa réponse répond-elle à la question posée ?Notée par un relecteur, ou un second modèle calibré sur un échantillon relu
SystèmeAbstentionSur les questions sans réponse dans le corpus, le RAG dit-il qu'il ne sait pas ?> 90 % ; on ajoute exprès des questions pièges au jeu

Le recall@k se mesure sans modèle de langage, en quelques secondes, et c'est par lui qu'on règle le découpage, le modèle d'embedding, l'hybride et le reclasseur. Tant qu'il est bas, améliorer la génération ne sert à rien : on ne répond pas juste à partir d'un mauvais passage.

10 · Les modes d'échec

11 · Un montage type, sur site

Pour une organisation dont les documents ne doivent pas sortir, l'ensemble tient sur une station de travail de 24 Go ou un serveur interne. Extrait de notre arbre décisionnel, branche « Interroger ma base documentaire » :

01

Extraction

Conversion des PDF, Word et mails en texte ; OCR des scans par un modèle spécialisé (1 Go) ; extraction des tableaux.

02

Embedding

bge-m3 (1,2 Go, multilingue, MIT) ou qwen3-embedding:8b (5 Go) pour plus de précision ; un seul modèle par base.

03

Index hybride

Vecteurs + BM25 + métadonnées et droits, dans un moteur installé sur site.

04

Reclassement

Un cross-encoder sur les 20 premiers candidats.

05

Rédaction

Un modèle de langage ouvert de 4 à 27 milliards de paramètres, contexte 32 000 tokens ou plus, température basse, consigne d'abstention et de citation.

06

Contrôle

Un second modèle d'une autre famille vérifie que chaque affirmation de la réponse est soutenue par un passage cité ; les réponses non soutenues sont bloquées ou marquées.

Aucune donnée ne quitte le périmètre ; les poids sont téléchargés une fois et versionnés ; le coût marginal d'une question est celui de l'électricité.

Aller plus loin

Quand le RAG ne suffit pas — style, format, raisonnement propre au métier — le niveau suivant est le fine-tuning : Entraîner un modèle sur son domaine. Pour les modèles d'embedding et de rédaction adaptés à votre mémoire : l'arbre décisionnel. Pour un assistant documentaire livré chez vous : notre offre Solutions technologiques.

Références — Lewis et al., Retrieval-Augmented Generation for Knowledge-Intensive NLP Tasks, 2020 · Robertson & Zaragoza, The Probabilistic Relevance Framework: BM25 and Beyond, 2009 · Malkov & Yashunin, HNSW, 2016 · Cormack et al., Reciprocal Rank Fusion, 2009 · Liu et al., Lost in the Middle, 2023 · Edge et al., GraphRAG, 2024 · MMTEB, benchmark d'embeddings multilingue ; scores bge-m3 et qwen3-embedding relevés dans notre arbre décisionnel au 27 août 2026.